CONVERSATION INAUGURALE · 开篇对话

Le Cheval · 马

Willy Le Nalbaut × Su Hong

Septembre 2026

Ceci est la première conversation de ZCP, entre Willy et Su Hong.

Willy Le Nalbaut vit et travaille en France ; Su Hong vit et travaille en Chine. Avant cette conversation, je ne les connaissais pas — pas plus qu'ils ne se connaissaient entre eux.

J'ai rencontré Willy à la Galerie du Haut-Pavé, à Paris. Dès notre première rencontre, j'ai été attirée par la manière dont la ville et la campagne se mêlent dans ses œuvres, et c'est ainsi que j'ai commencé à découvrir son travail. Plus tard, grâce au premier appel public de ZCP, j'ai découvert Su Hong parmi de nombreuses œuvres d'artistes chinois.

J'ai fondé Zhen Collection Paris (ZCP) avec un objectif très clair : que davantage d'artistes français soient vus en Chine, et que davantage d'artistes chinois le soient en France — et au-delà.

Mais je ne souhaite pas seulement que des œuvres apparaissent dans un autre pays. Je souhaite surtout que des artistes de cultures différentes aient l'occasion de se connaître vraiment — de voir comment l'autre vit, crée et comprend le même monde.

C'est pour cela que j'ai invité Willy et Su Hong à ouvrir la première conversation de ZCP.

Par hasard, ils ont tous deux peint des chevaux. Su Hong peint le cheval ; Willy aussi. Mais en découvrant vraiment leurs œuvres, j'ai vu que le même animal prenait, chez chacun, des sens si différents.

C'est peut-être ce qui rend la conversation intéressante : nous nous rencontrons par une certaine ressemblance, et c'est par nos différences que nous commençons vraiment à voir l'autre.

Au-delà de cette conversation, la productrice française Mélanie Gérin a également accepté mon invitation. La vie nous avait fait nous rencontrer bien avant, et elle a été témoin de la fondation de ZCP. Cette fois, en observatrice extérieure, elle regarde les œuvres et les échanges des deux artistes, observe aussi ZCP à ses débuts, et écrit ce qu'elle en ressent.

Ainsi, cette conversation réunit deux artistes qui se rencontrent, et quelqu'un qui, de l'extérieur, regarde cette rencontre et témoigne aussi des débuts de ZCP.

Dans la vie, certains s'en vont, d'autres arrivent. Mais je reste toujours reconnaissante pour chaque rencontre, car dès lors qu'une rencontre a eu lieu, quelque chose est déjà différent.

—— Jeanneegan

Fondatrice, Zhen Collection Paris ZCP

REGARDS CROISÉS · 彼此的方向

Pourquoi la Chine|为什么中国

Tout d'abord, j'ai toujours eu un attrait particulier pour la gastronomie chinoise. Depuis longtemps, je mange régulièrement dans les quartiers chinois de Paris, ce qui m'a progressivement donné envie de m'intéresser à cette culture.

Un matin, j'ai décidé d'apprendre quelques bases de chinois. Cela faisait déjà un moment que j'y pensais. J'ai donc commencé à apprendre la langue pendant environ deux mois, grâce à une application mais qui s'est avérée être un peu contraignante et j'ai manqué d'assiduité. Pourtant, avoir quelques notions de chinois est un véritable atout aujourd'hui.

Et puis un jour, j'ai rencontré Jeanne, qui est passée par hasard à mon exposition. Nous avons discuté et elle m'a proposé de diffuser mes œuvres en Chine. L'idée de pouvoir y présenter mon travail, tout en découvrant davantage la culture chinoise m'a intéressé. Ce qui commençait presque par hasard, avec l'envie d'apprendre quelques bases de la langue, peut finalement devenir une expérience et une occasion de créer un lien entre mon travail et la Chine.

Ce que j'espère qu'on retienne|我希望被记住的

J'aimerais que l'on reconnaisse l'originalité et la singularité de mon travail, et que mes peintures soient identifiables par leur style et leur personnalité.

Pourquoi la France|为什么法国

Je travaille sur papier depuis longtemps, et la main du support compte. Le papier français — surtout Canson — a des fibres fines, un grain léger ; la couleur répond, le blanc tient. Cette matière m'entraîne dans un état de création très concret : pas besoin de tout remplir tout de suite, on peut laviser, reprendre, chercher l'équilibre sur la feuille. Je le choisis non pour la marque, mais parce qu'en le touchant, je sais que je peux peindre dessus aujourd'hui.

Ce que j'espère qu'on retienne|我希望被记住的

Ce que j'espère qu'on retienne : un artiste qui explore, en Chine, entre tradition et modernité — non pour coller l'ancien comme ornement, ni pour couper le fil de l'histoire au nom du contemporain, mais pour chercher, sur le papier, dans la couleur et le motif, une structure où les deux coexistent.

Œuvres sélectionnées|作品

QUESTION COMMUNE · ZCP|共同问题

Zhen Collection Paris · ZCP

Zhen Collection Paris · ZCP

Cette année est l'année du Cheval dans le calendrier chinois. Vous avez tous les deux représenté des chevaux dans votre travail. Que représente le cheval pour vous, et pourquoi ?

Quand on parle du cheval, la première chose qui me vient à l'esprit est le « Wu » (午), l'une des douze Branches terrestres de la culture traditionnelle chinoise. Dans le zodiaque chinois, « Wu » correspond précisément au cheval. En Chine, dès l'enfance, nous apprenons par cœur cette petite formule qui associe les douze Branches terrestres aux animaux du zodiaque : « … Chen, le Dragon ; Si, le Serpent ; Wu, le Cheval ; Wei, la Chèvre… » Dans la pensée chinoise des Cinq Éléments, le « Cheval-Wu » (午马) est également associé à l'élément Feu. Selon l'ancien système chinois du cycle sexagésimal, fondé sur les Troncs célestes et les Branches terrestres, l'année 2026 est l'année Bing-Wu (丙午), l'année du Cheval. « Bing » (丙), parmi les dix Troncs célestes, correspond au « Feu Yang ». On peut donc dire que 2026 est une année du « Cheval de Feu ». Et le feu, c'est l'énergie ! Le cheval m'évoque aussi immédiatement la vitesse : sous un ciel bleu traversé de nuages blancs, dans l'immensité d'une prairie, j'imagine un groupe de chevaux noirs, puissants et vigoureux, galopant librement. C'est pour moi l'image d'une existence vécue dans la liberté, l'élan et sans entraves. L'énergie ne cesse de circuler, et la matière ne cesse de se renouveler et de donner naissance à la vie.

Je me suis représenté, dans la peinture visible sur ZCP, en âne. Symboliquement, l'âne renvoie à plusieurs notions : la lenteur, l'entêtement, voire une certaine forme de bêtise. Autrefois, à l'école, on faisait porter aux enfants considérés comme « mauvais élèves » un bonnet d'âne pour les punir. Mais l'âne est aussi associé à des qualités bien différentes, notamment la patience et la persévérance. Dans cette peinture, l'âne est dépassé par un groupe de chevaux resplendissants et colorés, tandis que lui apparaît gris et terne. Le contraste est volontaire. Le cheval, lui aussi membre de la famille des équidés, évoque la puissance, la vitesse et une certaine beauté. Cette peinture est une métaphore de ma propre position face au monde de l'art contemporain et aux autres artistes. D'un sentiment que j'ai ressenti à un moment donné. Les chevaux me dépassent à toute vitesse, éclatants et étincelants, comme s'ils filaient à la vitesse d'un train ou d'un avion, sans même me laisser le temps de réagir. Tandis que l'âne avance plus lentement, avec ses propres moyens. Il y a également une petite histoire personnelle derrière le choix de cet animal. Mon arrière-arrière-grand-père était maquignon (vendeur de chevaux), et le village dans lequel je vis s'appelle Asnières-sur-Nouère. Son nom fait référence aux ânes car cela signifie « marché aux ânes » et par extension aux chevaux. Au-delà de toute cette symbolique, l'âne est simplement un animal que j'affectionne. Plus encore que le cheval, qui appartient pourtant à la même famille. C'est pour cette raison que je le représente régulièrement dans mes tableaux.

Su Hong → Willy Le Nalbaut|苏泓向 Willy 提问

苏泓 Su Hong

Dans quelle mesure connaissez-vous l'art contemporain chinois ? Les artistes français s'intéressent-ils généralement à son évolution ? L'enseignement artistique en Chine a été largement influencé par la tradition picturale européenne et par l'art moderne occidental. En tant qu'artiste français, comment regardez-vous les œuvres contemporaines issues de Chine et, plus largement, d'un contexte culturel oriental ? Lorsque vous regardez mon travail, voyez-vous d'abord une œuvre d'art contemporain ou percevez-vous d'abord son identité culturelle chinoise ? Quels éléments vous paraissent immédiatement accessibles, et lesquels vous semblent plus étrangers ou nécessitent une connaissance du contexte chinois ?

Malheureusement, on connaît assez peu le monde de l'art contemporain chinois en Europe, du moins c'est l'impression que j'ai. Depuis quelques années il y a peut-être un peu plus de regard porté vers la Chine et les artistes chinois, mais personnellement, je ne connais que trois ou quatre artistes contemporains chinois connus. Du point de vue de l'enseignement, il est peu tourné vers l'Orient, et notamment vers la Chine. À l'école, on nous parle très peu, voire pas du tout, de l'art chinois. Au premier abord, lorsque je regarde ta série de peintures sur les chevaux, Ma Gui, ou encore celle sur les animaux, Big Friends, je vois davantage une œuvre d'art contemporain qui pourrait provenir de n'importe quelle autre région du monde. Je ne perçois pas immédiatement une identité culturelle chinoise. En revanche, dans ta série sur les fleurs ou celle sur les poissons, cette identité me semble plus présente. Je me dis alors que l'artiste doit être d'origine asiatique, car certains éléments culturels ou esthétiques sont plus visibles. En lisant ensuite le texte qui accompagne la série Ma Gui, je comprends mieux le sens de ces œuvres. Les éléments présents dans les peintures sont accessibles visuellement et peuvent être compris assez facilement, notamment grâce à leur traitement. Par contre, en tant qu'Européen, l'idée qui se trouve derrière ces éléments ou leur symbolisme ne sont pas forcément compréhensibles directement. En Europe, certains éléments comme le cheval par exemple peuvent avoir une dimension symbolique, mais peut-être pas aussi forte et encrée que dans la culture chinoise.

Willy Le Nalbaut → Su Hong|Willy 向苏泓提问

Willy Le Nalbaut

J'imagine qu'avec tout le symbolisme qui se trouve dans la culture chinoise caché derrière beaucoup de chose, tu dois avoir une lecture totalement différente de mes tableaux ?

La première impression que me donnent tes œuvres, c'est qu'elles possèdent une forte dimension narrative. Elles ne s'arrêtent pas simplement à ce que l'on « voit » : elles invitent le spectateur à imaginer, puis à suivre les « indices » présents dans l'image. Cela me fait penser à la peinture religieuse traditionnelle européenne, qui raconte des histoires : les personnages, leurs gestes, leurs expressions, ou même certains objets qui semblent sans rapport entre eux peuvent cacher un événement. Je ne connais pas très bien la Bible, mais lorsque je regarde ces peintures, j'y ressens souvent une forte dimension symbolique, comme si quelque chose restait encore à dire au-delà de l'image. Je retrouve dans ton travail cette même sensation d'un récit qui demeure inachevé. Personnellement, j'ai tendance à penser que la peinture peut être divisée, dans les grandes lignes, en plusieurs catégories. Il y a la peinture narrative, qui raconte des histoires ; la peinture documentaire, comme les natures mortes, les portraits ou les paysages, qui cherche à rendre compte de ce qui est là ; la peinture décorative, faite de formes géométriques ou de motifs qui apportent de la couleur à un espace ; et enfin une peinture plus conceptuelle, qui utilise l'image pour exprimer des idées ou des émotions. Dans ton travail, je trouve à la fois de la « narration » et de la « pensée ». Tu peins une sorte de « flux de conscience » qui vient de ton propre esprit, tu racontes tes propres histoires, mais les objets figuratifs qui apparaissent dans tes tableaux ont aussi une dimension métaphorique. On voit des personnages, des animaux, des paysages, des objets… et pourtant, on sent toujours qu'ils ne sont pas seulement ce qu'ils semblent être. Dans la culture chinoise, beaucoup d'expressions idiomatiques, de proverbes populaires ou de simples formules comme « comme on dit… » contiennent des significations très riches. De petites choses peuvent ainsi renfermer de grandes vérités. Si je regarde L'âne a ses raisons que les sabots ignorent à travers une manière de penser chinoise, on pourrait, au premier niveau, y voir l'idée de « ne pas suivre aveuglément le courant ». D'une manière plus affirmée, cela pourrait évoquer l'expression chinoise « 道不同不相为谋 » : lorsque les chemins et les convictions diffèrent, il n'est pas nécessaire de chercher à avancer ensemble. Et, poussée encore plus loin, cette attitude pourrait presque rejoindre « 曲高和寡 » — plus une musique est exigeante, moins nombreux sont ceux qui peuvent l'accompagner — ou encore « 众人皆醉我独醒 » : tous sont ivres, moi seul reste éveillé. Les émotions humaines n'ont pas de frontières. Après avoir regardé tes œuvres, puis lu les textes qui les accompagnent, j'ai découvert que beaucoup de mes impressions rejoignaient ce que tu avais toi-même exprimé. J'ai également remarqué dans tes textes les mots « réalisme », « absurde » et « théâtre ». Ce sont précisément des notions qui correspondent aussi à ce que je cherche à exprimer dans ma propre peinture. Cela m'a donné le sentiment que, d'un peintre à l'autre, malgré nos différences, nous pouvons parfois voir les choses d'une manière étonnamment proche.

Articles des observateurs|观察文章

MÉLANIE GÉRIN

Productrice française chez Zadig Productions, engagée depuis longtemps dans la production de documentaires et de films.

Mélanie Gérin

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